A la veille de ses 80 ans, Yehudi Menuhin gardait une foi inébranlable dans le pouvoir salvateur de la musique et de l'art. Les plus sévères railleront une naïveté indécrottable, les plus indulgents loueront un idéalisme sans faille.
Je me permet de parler de résurrection, car Mozart écrit ce quintette à vent 593 en décembre 1790, à Vienne, il a 34 ans, il est dans un état de profonde dépression en rapport avec la lassitude du public viennois à son égard, une situation financière de plus en plus calamiteuse, un état de santé de plus en plus préoccupant....dans un an il va mourir, il sera pourtant res-suscité, remotivé, le temps d'offrir au monde sa " flûte enchantée" et son Requiem.
Ecrit au sortir du trou noir que le musicien avait connu pendant l'année 1790, fruit d'une véritable résurrection créatrice, le K 593 en ré majeur est une œuvre « capitale, non seulement pour sa beauté, insondable et bouleversante, mais pour sa signification. Mozart se laisse happer par une descente vertigineuse dans le vide et, après le gouffre, il essaie d'émerger puis d'exprimer une joie pure, parcourant en quatre mouvements un immense périple spirituel.
Le caractère dramatique de l'œuvre est affirmé d'entrée, avec cette introduction lente, lourde d'interrogations, qui, de façon totalement inattendue, réapparaîtra en fin de premier mouvement, après les tumultueuses amplifications contrapuntiques de l'Allegro.
Mais c'est l'admirable Adagio qui, dans un parcours harmonique d'une imagination et d'une audace insensées, va nous replonger momentanément dans un climat comparable à celui du K 516.
Puis, après un Menuetto tonique et optimiste, ce sera, dans un élan de liesse communicative et de folle liberté, l'éblouissant finale, où nous « avons affaire à une impétueuse tarentelle, d'une verve contrapuntique irrésistible en sa hardiesse d'une aisance toujours parfaite, s'inscrivant dans le cadre d'une forme sonate pratiquement monothématique!
Nous sommes au début d'août 1787, Mozart a beaucoup travaillé tout le mois de juillet sur la partition d'un opéra nouveau qu'il destine à son fidèle public de Prague: Don Giovanni. L'idée, le livret lui a été donné par Lorenzo da Ponte mais on connaît suffisamment Mozart pour deviner quelle part étroite il a du prendre à l'élaboration de cette intrigue tragique comique si riche en problèmes humains intéressants..
Mais notre Mozart interrompt brusquement son travail pour terminer d'écrire, la 10 août, en manière de détente, dans un moment d'euphorie, pour le seul plaisir d'inventer la plus parfaite et la plus joyeuse musique de fête, ce qu'il a lui même baptisé : "Eine kleine nachtmusik.
Une petite musique, une œuvre d'une facture si parfaite pour simplement acccompagner, à quelques réunions mondaines, des invités qui rient, vont et viennent, boivent et mangent ! Encore une espièglerie, une petite plaisanterie, une farce surprise de ce grand enfant qu'était Mozart. Mais une petite merveille pour les siècles des siècles !
Et voilà que ce petit monsieur laisse tomber une deuxième fois sa tâche le 24 août, pour créer, de façon impulsive une sonate pour violon et piano ( K 526), une nouvelle manière de respirer, un lien entre l'ancien et le moderne que Ludwig von Beethoven saura merveilleusement développer. le deuxième mouvement de cette sonate, l'andante, créé une atmosphère d'un calme envoûtant et décrit une vision d'une insoutenable beauté!Mozart, génie unique, tragique, fraternel
Il vient de perdre un de ses enfants le petit Johann thomas ( il en perdra quatre en bas âge.. ) qui n'avait que quelques mois et un ami proche qui avait son âge : le jeune comte Von Hatzveld, le 4 avril, il vient de recevoir une lettre de Salzbourg, son père Léopold est sérieusement malade ( il ne le reverra jamais car il mourra le 28 mai après une brève maladie à l'âge de 68 ans).
La musique de ce quintette sonne étrangement paisible, calme, sotto vocce, comme une écharpe de soie qui flotte mollement à la brise du soir ! Une tension insupportable se relache dans le calme avec infiniment de douceur!
Quintette à corde en sol mineur, printemps 1787, Vienne.
Il vient de recevoir chez lui, pendant une soirée entre amis, un jeune homme né à Bonn, il a seize ans et se trouve à Vienne pour compléter ses études musicales. Mozart, par curiosité le fait passer dans une pièce voisine pour l'écouter jouer , le jeune homme lui demande un thème musical pour improviser. Quelques minutes après, Mozart se précipite auprès de ses amis pour leur dire:" Attention à ce garçon ! vous verrez, un jour il fera parler de lui dans le monde! Le jeune visiteur a pour nom : Luwig van Beethoven !