L'édito du jour
mercredi 13 mai 2026
Terre des hommes
Terre des hommes
Béatitudes guyanaises
Nous passons une grande partie de notre existence à oublier la valeur de ce que nous possédons déjà *
La santé, par exemple, ne devient réellement précieuse que lorsqu'elle commence à vaciller. Respirer normalement, marcher sans douleur,dormir paisiblement, rire sans fatigue : tout cela nous paraît tellement naturel que nous cessons d'y prêter attention. Pourtant, des millions d'êtres humains donneraient tout ce qu'ils possèdent pour retrouver cette banalité que nous traversons sans même la regarder.
Puis naît le désir d'une 《 vie meilleure 》.
Au départ, cette aspiration est légitime. L'être humain cherche naturellement à améliorer sa condition, à protéger les siens, à gagner en confort, en sécurité ou en reconnaissance. Le problème ne vient pas du désir lui-même, mais du moment ou il cesse d'être un élan et devient une dépendance.
Mais la vie ne nous attend pas.
Plus d'argent entraîne le besoin d'en avoir davantage. Plus de confort crée de nouvelles exigences. Plus de reconnaissance nourrit une faim encore plus grande d'approbation. Même l'amour peut parfois devenir une quête insatiable de validation.
Alors commence une course silencieuse où le but recule à mesure que l'on avance.
La simplicité est peut-être l'un des derniers luxes accessibles à l'être humain moderne.
Pouvoir ralentir sans culpabiliser. Pouvoir apprécier sans exhiber. Pouvoir aimer sans posséder. Pouvoir exister sans devoir sans cesse prouver sa valeur.
Merci au guyanais Jacques Martin.
* J'ajouterai toutefois le don incommensurable d'une expérience de vie accordée par l'Éternel !
dimanche 10 mai 2026
Marie-Ange et son orgue
Le 9 mai 2026, de passage à Paris, je suis interpellé par l’annonce d’un « marathon des orgues » organisé par l’association Le Paris des orgues, une petite foulée dans le 9° arrondissement.
vendredi 8 mai 2026
Lettre à Dominique Levacque
Chers Henri et Nicole Dumoulin,
Je tiens à vous remercier de votre témoignage qui encourage à poursuivre dans la même voie. Année après année, j'ai cherché à recruter des musiciens, non pas tant par leur médiatisation (bien qu'ayant parfois invité des pianistes internationaux), que par l'originalité de leur personnalité. Les artistes médiatisé n'ont pas besoin qu'on leur ajoute encore une couche d'auréole. Mais certains méconnus mériteraient de l'être davantage. Je m'emploie aussi parfois à faire découvrir des oeuvres encore méconnues. Bref, il y a fort à faire et je crois en effet que le public est vraiment attentif et disposé à suivre mes orientations.
Cordialement,
Dominique Levacque Organiste, professeur d'orgue, piano et harmonie 06 71 26 82 42 dlevacque@inja.fr dominique.levacque@gmail.com
mercredi 6 mai 2026
Le menuet de Maupassant
ous ne comprendriez peut-être pas l’émotion qui m’est restée de ces rapides impressions. Je ne vous en dirai qu’une. Elle est très vieille, mais vive comme d’hier. Il se peut que mon imagination seule ait fait les frais de mon attendrissement.
Vous ne l’avez pas connue, vous autres, cette pépinière ? C’était comme un jardin oublié de l’autre siècle, un jardin joli comme un doux sourire de vieille. Des haies touffues séparaient les allées étroites et régulières, allées calmes entre deux murs de feuillage taillés avec méthode. Les grands ciseaux du jardinier alignaient sans relâche ces cloisons de branches ; et, de place en place, on rencontrait des parterres de fleurs, des plates-bandes de petits arbres rangés comme des collégiens en promenade, des sociétés de rosiers magnifiques ou des régiments d’arbres à fruits.

mardi 5 mai 2026
La petite faim et la grande faim
Prière pour notre temps
Écouter les étoiles” – The Lost World of the Kalahari de Laurens van der Post
par Sebastien KEIFF
Il y a des livres qui marquent, non pas tant pour ce qu’ils disent, mais pour ce qu’ils révèlent en creux. The Lost World of the Kalahari de Laurens van der Post est de ceux-là. Ce récit, publié en 1958, relate l’exploration du désert du Kalahari à la recherche des derniers Bochimans, un peuple chassé de ses terres, marginalisé, survivant aux confins du monde “civilisé”. L’ouvrage a vieilli, bien sûr. Il porte la trace de son époque, avec ce regard paternaliste propre aux récits d’exploration du XXe siècle. Mais parmi les pages, il y a des instants suspendus. Des éclats de lumière qui questionnent.
Un passage, en particulier, m’a frappé : celui où les Bochimans découvrent que Van der Post ne peut pas écouter les étoiles. Ce n’est pas une métaphore. Pour eux, c’est un fait brut, un constat. D’abord, ils croient qu’il plaisante. Puis ils le soupçonnent de mentir. Mais lorsqu’ils comprennent que cet homme, ce blanc venu d’ailleurs, dit vrai, ils sont saisis d’une immense tristesse. Parce que pour eux, ne pas entendre le murmure du ciel n’est pas juste un manque, c’est une maladie. Une déconnexion spirituelle totale, une rupture avec tout ce qui fait la vie.
On pourrait balayer l’anecdote d’un haussement d’épaules : un joli mythe, une belle idée poétique. Mais ce serait passer à côté de ce qu’elle révèle sur notre propre rapport au monde. Nous avons été formés à penser que la connaissance vient de l’accumulation des faits, des chiffres, des preuves tangibles. Nous avons peu à peu cessé d’écouter autre chose que ce qui se mesure. Or, l’expérience sensible du monde ne se réduit pas aux données que nous en extrayons.
Les Bochimans ont appris à entendre ce que nous avons oublié. Pas au sens figuré : au sens propre. Le bruissement du vent dans les arbres, le craquement d’un sol qui se fend sous la chaleur, les pulsations du vivant dans la nuit. Il ne s’agit pas d’un “truc” mystique, mais d’une forme d’attention. Une manière d’être au monde qui, pour eux, est aussi vitale que respirer.
Lire ce passage m’a posé plein de questions. Sommes-nous devenus sourds au murmure du monde ? Peut-être. Mais si l’on tendait l’oreille, juste un instant, est-ce qu’on entendrait encore quelque chose ? Le monde, les réseaux sociaux sont devenus un fracas. Peut-être que ce fracas nous rend aussi sourds aux murmures bien plus importants…
L’arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse
Proverbe africain
vendredi 1 mai 2026
Ode au silence
Un hamac qui balance doucement.
Une pluie tropicale qui tombe sur le toit.
Le parfum du bois humide après l'orage.
Un repas simple quand on a faim.
Le silence après une longue journée.
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