jeudi 20 août 2020

Intérieur

Intérieur

Assez de coups, assez, en plein air, tout un après midi, 
Nous nous sommes querellés, terminons sur un match nul!

Les collines se couvrent de vent, d'autres batailles dehors…
La parole est aux jeunes branches qui bondissent sur les vitres,
Vagues épaisses et confuses des bruyères et des sauges.
Serait-ce la paix?

Se serrer près d'un feu de bois, au goût mourant du pain, 
à la transparence du vin, où se recentre pensivement 
le jour qui s'en est allé des rocailles et des cris des plateaux,
Dans la toison des falaises, le velours des lointains,
Jusqu'à ce que le sommeil nous prenne.

Vittorio Sereni  ( 1913/ 1983 Milan)
( Traduction henri Dumoulin)



Il y a une fissure en toute chose, et par elle nous vient la lumière ! 

mercredi 19 août 2020

Matinale du silence

Le silence

Le monde parfois m'est tout aussi insignifiant
Qu'un film subitement muet.
J'y vois des hommes, des femmes, ouvrant, fermant la bouche
Comme poissons dans un bocal.

Multitudes simiesques sautillantes aux tribunes des stades,
Ou plus encore, tristesse colorée de carnavals en maquillage
De vieilles prostituées des trottoirs....

Il m'arrive parfois d'imaginer qu'un jour,
J'étais roi immobile sur son palanquin,
Témoin forcé d'interminables défilés,
Tournois ou processions de ceci, de cela....

Ah, décidément, mon royaume n'est pas de ce monde !
Ni de l'autre d'ailleurs…

Mario Quintana 

( traduction Henri Dumoulin)

sarabande des jours heureux. Pause musicale ....

Matinale

Le soleil entre, chat jaune, s'installe,
Un œil sur moi, sur le tapis.
Avant d'ouvrir les yeux je sais que le jour viendra me regarder par derrière les arbres.

Ah qu'il est bon de me sentir encore vivant
Quand la vie me dévore sans cesse!
Je paresse, ensommeillé, et lui m'attend, l'ange de lumière,
Comme un tel qui observe une chrysalide.

Un verset, pas à pas, s'approche du lit,
Pour la cantate du réveil.
Rumeurs de trafic, vibrent comme cigarettes.

Ta voix court dans mes veines.
Des fragments colorés de mes songes
Flottent dans l'air, comme égarés.

Mario Quintana 
( traduction Henri Dumoulin) 


mardi 18 août 2020

Invitation au voyage

Invitation au voyage *

Si  chacun de vous, ou vous autres de la télévision,
Vous qui voyagez inerte
Comme défunt dans un cercueil…
Si chacun de vous ouvrait un livre de poèmes
Vous feriez un véritable voyage....
Dans un livre de poèmes on trouve de tout, vraiment de tout !
Y compris l'amour et autres nouveautés.

Mario Quintana 
(Traduction henri Dumoulin) 
l'invitation de Beaudelaire
  • titre en français dans l'original 

lundi 17 août 2020

Décrocher !

J'ai choisi ce matin un petit "billet" débordant de fraîcheur bénéfique et qui nous vient de l'est ....du Canada! 
Il est daté du 15 août 2020 à 23h55, il émane d'une certaine Billie Anne Leduc:" la voix de l'est" 

"Décrocher, suivre son cœur, est difficile. Mais il faut aller à la source. Celle qui coule en cascade, se coucher dans cette eau, se déposer, trouver un équilibre dans le courant. S’imaginer une chute dans le dos. Incarner la rivière, pour que plus rien d’autre n’existe, pour que seuls les sapins existent.
Détricoter son cœur. Décrasser son esprit. Dérouiller ses articulations en plongeant dans la rivière.
C’est ce que j’ai fait - ce que tous devraient faire.
S’ouvrir les valves; décrocher la lune.
Parfois, il faut tomber. Ne plus penser, et se laisser chuter dans le vide - une dégringolade douce.
Décrocher des écrans, ceux qui emplissent la tête de lumière opaque. Et qui ne permettent pas de véritablement voir la rivière couler, les arbres frémir et la terre remuer.
Puis - oser le silence. Ne pas avoir peur, de nous-mêmes, notre voix interne, notre intérieur.


Oser ses goûts, découper un morceau de ciel et s’en 
envelopper. Sentir le bleu prendre d’assaut chaque partie de notre corps.
Surtout - s’emplir de bonté. Laisser le blanc effacer le noir. 
Aimer les couleurs. 
Danser en silence.
Écrire la vie, décrocher ses peines.
Les déprendre, les déposer. Elles sont là, toujours, mais au repos.
Se rappeler : rien n’est grave. Que malgré la pierre, au milieu, le flot ne s’interrompt pas. Que plaire est superflu. 
Décrocher le boulet de ses pieds, les imaginer touchant le sable fin sous les vagues.
Puis - la promesse de l’automne, de vent frais, de feuilles craquantes.
S’embourber dans la terre mouillée qui nettoie tout.
Laisser le plexus s’ouvrir, se fermer, s’ouvrir, se fermer. 
Décrocher des murs - toujours les mêmes.
Aller ailleurs, se tourner la tête. 
Voir autre chose; voir autrement. Sans jugement. Laisser les yeux n’être que des yeux.

 Merci infiniment, chère Billie Anne! 


samedi 15 août 2020

Brouillard de 16 août

Aube brouillard *.  Des sons et des couleurs émergent de la nuit, premier inspir, le jour se lève !

Longues traînées de pluies d'été 
En rondes monotones 
Coulent complaisamment
Des gouttes frappent
                        Glissent
                        Crissent
                        Ondulent
                        S'étirent
Je suis la lumière qui traverse les champs de blé
Je suis la douce pluie d’automne,
Je suis l'éveil des oiseaux dans le calme du matin....
ainsi va le vent*





l'éveil des sources, Mar






* fichiers audio

vendredi 14 août 2020

Pièces d'un puzzle sans commentaire, voix des sans visages le samedi 15 aout 2020.



Première pièce: 

un article paru sur Euro News le 15 juin 2020, il y a exactement deux mois!


un article paru aujourd'hui même sur le " journal de Montréal" au Canada!

Deuxième pièce:


un article paru sur LCI, le 24 Juin 2020!


un article paru sur " France Bleu" le 29 juin!

Troisième pièce 

En plein coeur de Bruxelles, un "Candide", une sorte de "Tintin" se lève, nous prend à témoin et , 


sans agressivité, sans vulgarité, exprime son inquiétude profonde, au nom de tous les "sans visages" qui ne veulent pas rester "sans voix"


Autres éléments d'un puzzle à Paris, en ce 15 aout 2020 !



dimanche 19 juillet 2020

In memoriam

Ce grand orgue du facteur Jacques Girardet datait de 1621. Pour y accéder, il fallait monter les 66 marches de la haute tribune datant de 1620, qui a elle aussi brûlé. «En 1784, le grand 'facteur du Roy' François-Henri Cliquot (1732-1790) à la réputation considérable, achevait une restauration-extension significative»
https://www.musiquesacree-nantes.fr/les-orgues/les-instruments/
En 1970, une seconde restauration-extension a été réalisée par le facteur Joseph Beuchet. «Ses 5500 tuyaux ne cessent de chanter la 'beauté' avec conviction, mais non sans nuance, en un harmonieux dialogue alternant douceur mystique des pleins jeux et puissance 'impressionnante' du 'tutti'», précise avec poésie le site de la cathédrale meurtrie.

Dans les années 1960,  j'avais 16 17 18 ans à Nantes, il m'arrivait de temps en temps d'entrer  vers 17 heures le dimanche après-midi dans la cathédrale de Nantes pour m'asseoir dans un coin de la nef, ou déambuler lentement pour une heure musicale, une cure musicale, un organiste ,  là-haut sur la tribune du fond faisait alors chanter le vieil instrument qui défiait les siècles, l'orgue Cliquot....sans formation musicale particulière à cet âge, j'ai su me laisser imprégner d'images sonores qui tapissaient pour moi littéralement la nef comme une vidéo gigantesque.....






Dans la nuit du 17 au 18 juillet 2020, le vieil instrument est parti en fumée, le coup est rude, nous aurons certes le même sort, mais nous aurions aimé l'avoir encore un peu pour que s'exprime à travers lui de nombreux organistes, j'ai pensé à Félix Moreau....à Michel Bourcier aujourd'hui...et à tous ses petits et grands élèves
.

 Dimanche 19 juillet 2020 je suis entré vers midi dans l'église Saint-Sulpice à Paris il y avait à la
tribune  une des organistes titulaires du grand orgue,  Sophie Cauchefer ! Elle s'est lancée corps et âme dans une brillante improvisation de douze minutes, une évocation pour moi très émouvante du défilé des siècles, battements de cœur, tragédie finale avec l'effondrement un à un des tuyaux, la vie et la mort d'un des rois des instruments de musique qui vient de disparaître tragiquement !

Voici cette  improvisation dans le lien qui suit, l'émotion qu'elle suscite compensera j'espère la médiocre qualité d'une prise de son improvisée au téléphone...

la vie la mort du roi des instrument

Le désastre.....